Eloïse Stark : Psychopracticienne en ligne
Anxiété & stress

L'estime de soi se construit, elle ne se décrète pas

Portrait d'une jeune femme aux taches de rousseur qui regarde l'objectif avec assurance

Photo : Griest Projects / Unsplash

« Aime-toi toi-même », « crois en toi », « tu vaux mieux que ça » : les conseils pour avoir confiance en soi ne manquent pas, sur les réseaux sociaux comme dans les librairies. Ils partent d’une bonne intention, mais ils ont un défaut : on ne décide pas de s’aimer comme on décide de se lever plus tôt. Et quand on n’y arrive pas, on se retrouve avec un échec de plus à se reprocher.

L’estime de soi ne se commande pas. En revanche, elle se construit, petit à petit, et elle peut se réparer. Voici d’où elle vient, pourquoi elle vacille, et comment la consolider sans se mentir.

Qu’est-ce que l’estime de soi, au juste ?

C’est la manière dont on se juge : est-ce que je me trouve digne d’intérêt, d’affection, de respect ? Est-ce que j’ai le droit d’occuper de la place, de me tromper, de demander ?

Elle ne dépend pas de nos réussites objectives. Certaines personnes brillantes, admirées, diplômées, se trouvent médiocres et redoutent d’être « démasquées ». D’autres, sans diplôme ni statut particulier, se sentent à leur place partout.

On confond souvent trois notions proches :

  • l’estime de soi : la valeur que je m’accorde ;
  • la confiance en soi : ma capacité à agir, à me croire capable de faire les choses ;
  • l’affirmation de soi : ma capacité à exprimer mes besoins et mes limites face aux autres.

Les trois se nourrissent les unes les autres. Travailler sur l’une fait souvent bouger les autres.

À quoi ressemble une estime de soi solide ?

Une estime de soi solide ne veut pas dire se trouver formidable en permanence, ni ne jamais douter. Elle veut dire pouvoir échouer, être critiqué·e, rejeté·e, avoir mal, sans pour autant remettre en cause sa valeur tout entière.

C’est la différence entre « j’ai raté cet entretien » et « je suis nul·le ». Entre « cette relation n’a pas marché » et « personne ne voudra jamais de moi ». Dans le premier cas, on parle d’un événement. Dans le second, on porte un jugement sur sa personne entière.

À l’inverse, une estime de soi fragile peut prendre deux visages : se dévaloriser sans cesse, ou au contraire avoir besoin de briller en permanence pour se sentir exister. Les deux sont épuisants.

D’où vient la petite voix critique ?

Vous la connaissez sûrement : « tu es nul·le », « tu vas encore tout rater », « qui voudrait de toi ? », « tu n’aurais pas dû dire ça ». Elle surgit au pire moment, juste avant une prise de parole, juste après une erreur, le soir dans le lit en repassant la journée.

Cette voix n’est pas apparue par hasard. Elle s’est souvent formée tôt, à partir de ce que l’on a entendu ou ressenti :

  • des parents très exigeants, critiques, ou au contraire peu disponibles ;
  • un amour qui semblait dépendre des notes, du comportement, de l’apparence ;
  • des moqueries, du harcèlement à l’école ;
  • des comparaisons répétées avec un frère, une sœur, un cousin ;
  • un sentiment diffus de ne pas correspondre aux attentes.

Elle se nourrit aussi des messages de la société sur ce qu’il faudrait être : mince, beau ou belle, productif·ve, hétéro, cisgenre, valide, sans accent, avec un « bon » métier… Quand on ne coche pas les cases, ou qu’on a été traité·e différemment à cause de qui l’on est, on finit par intérioriser l’idée qu’on vaut moins. Ce n’est pas une faiblesse personnelle : c’est l’effet de normes et de discriminations bien réelles.

Une voix qui a voulu vous protéger

Paradoxalement, cette voix critique a souvent eu une fonction protectrice. Se critiquer avant que les autres ne le fassent. Se préparer au rejet pour moins souffrir. Viser la perfection pour ne plus jamais être pris·e en défaut. Rester discret·e pour ne pas attirer les coups.

À une époque, cela a peut-être été utile. Aujourd’hui, elle continue de vous « protéger » avec des méthodes qui ne vous aident plus : elle vous empêche de postuler, de vous exprimer, de vous lancer, d’être aimé·e comme vous êtes.

Comprendre cela change souvent la relation à cette voix. On ne cherche plus à la faire taire de force, mais à la remercier, et à lui reprendre doucement la main.

Comment s’en détacher, peu à peu

La remarquer. La première étape est de reconnaître cette voix quand elle parle, au lieu de la prendre pour la vérité. Vous pouvez même lui donner un nom ou un personnage. « Tiens, revoilà la critique » crée une petite distance entre elle et vous. Ce n’est plus « je suis nul·le », c’est « une partie de moi pense que je suis nul·le ».

Vérifier ce qu’elle dit. Quand elle affirme « tu rates tout », demandez-vous : est-ce vrai, tout ? Quelles preuves ai-je du contraire ? Qu’est-ce que je dirais à un·e ami·e qui se parlerait ainsi ? Nous sommes souvent bien plus justes et plus doux avec les autres qu’avec nous-mêmes.

Se parler comme à un·e ami·e. Quand vous vous trompez, essayez de vous adresser à vous-même comme vous le feriez avec quelqu’un que vous aimez : « c’est normal d’être déçu·e, tu as fait de ton mieux, qu’est-ce qui pourrait t’aider la prochaine fois ? ». Cette bienveillance envers soi (on parle d’autocompassion) n’est pas de la complaisance : elle aide justement à rebondir plutôt qu’à s’effondrer.

Agir malgré elle. L’estime de soi grandit en faisant, pas en attendant de se sentir prêt·e. Chaque petit pas accompli malgré la peur (donner son avis, demander quelque chose, essayer une activité nouvelle, dire non) dépose une preuve concrète que l’on est capable. Commencez petit : l’important est de commencer.

Noter ce qui va bien. Le cerveau retient plus facilement les échecs que les réussites. Le soir, écrire trois choses que vous avez faites, appréciées ou réussies, même minuscules, rééquilibre peu à peu la balance. Notre article Écrire pour aller mieux : par où commencer propose d’autres pistes.

Limiter les comparaisons. Les réseaux sociaux montrent la meilleure version, retouchée, de la vie des autres. Si certains comptes vous font systématiquement vous sentir moins bien, vous avez le droit de les masquer.

S’entourer de personnes qui vous font du bien. On se voit en partie à travers le regard des autres. Passer du temps avec des gens qui vous respectent et vous apprécient tels que vous êtes est l’un des moyens les plus puissants de changer l’image que l’on a de soi. À l’inverse, s’éloigner, quand c’est possible, des relations qui vous rabaissent est un vrai acte de soin.

Poser ses limites. Chaque fois que vous respectez un de vos besoins, vous vous envoyez le message que vous comptez. Pour aller plus loin, lisez Apprendre à poser ses limites sans culpabiliser.

Ce qui ne marche pas (ou pas longtemps)

  • Les affirmations positives auxquelles on ne croit pas. Se répéter « je suis génial·e » quand une partie de soi hurle le contraire peut renforcer le malaise. Mieux vaut des phrases justes : « je suis en train d’apprendre », « j’ai le droit de me tromper ».
  • Chercher la validation permanente. Les compliments font du bien, mais une estime de soi qui ne dépend que des autres reste fragile.
  • Attendre d’avoir confiance pour agir. C’est souvent l’inverse : la confiance vient en agissant.

Quand en parler à quelqu’un ?

Si la petite voix vous empêche de vivre comme vous le voudriez (postuler, aimer, vous affirmer, prendre soin de vous), si elle s’accompagne d’une tristesse qui dure, ou si elle prend la forme d’une haine de soi, une thérapie peut vraiment aider.

Elle permet de comprendre d’où vient cette voix, de lui répondre autrement, de travailler sur les blessures anciennes qui la nourrissent, et de construire, séance après séance, un regard sur vous-même plus juste et plus doux. Des approches comme les TCC aident à repérer et assouplir les pensées automatiques. Lorsque des souvenirs précis (humiliations, rejets) restent douloureux, l’EMDR peut aussi être une piste.

Questions fréquentes

Peut-on vraiment changer son estime de soi à l’âge adulte ?

Oui. Elle n’est pas fixée une fois pour toutes dans l’enfance. Elle évolue avec les expériences, les relations et le travail que l’on fait sur soi, à tout âge.

Combien de temps cela prend-il ?

C’est un chemin plus qu’une destination. Certains changements se font sentir en quelques semaines (on se juge un peu moins durement), d’autres demandent plus de temps. L’important est la direction, pas la vitesse.

Est-ce égoïste de travailler sur son estime de soi ?

Non. Une estime de soi plus solide permet souvent d’être plus disponible pour les autres, plus honnête dans ses relations, et moins dépendant·e de leur approbation.

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