Eloïse Stark : Psychopracticienne en ligne
Outils thérapeutiques

Thérapie en ligne : comment ça marche, et est-ce que ça marche vraiment ?

Une jeune femme souriante, une tasse à la main, salue quelqu'un sur l'écran de son ordinateur portable

Photo : Helena Lopes / Unsplash

Parler de soi à quelqu’un qu’on voit à travers un écran : l’idée en fait hésiter beaucoup. Le lien peut-il vraiment se créer ? Ce que je dis reste-t-il entre nous ? Est-ce que ça marche aussi bien qu’en vrai ?

Ces questions sont légitimes, et elles ont des réponses. La recherche compare la visio et le cabinet depuis plus de quinze ans. Cet article fait le point sur ce qu’elle montre, sur ce que la thérapie en ligne fait bien et moins bien, et sur la façon d’aborder une première séance.

Comment se déroule une thérapie en ligne ?

Une séance en ligne ressemble beaucoup à une séance au cabinet. Elle dure le même temps, a lieu à heure fixe, et on y fait le même travail. Ce qui change, c’est le lieu : vous êtes chez vous, et nous nous voyons en vidéo.

Concrètement, vous prenez rendez-vous en ligne ou par téléphone, puis vous recevez un lien de connexion sécurisé par e-mail. À l’heure prévue, vous cliquez dessus et la séance commence. Elle dure 50 minutes, et nous décidons ensemble du rythme qui vous convient.

Il vous faut un ordinateur, une tablette ou un téléphone, une connexion stable et un endroit au calme. Nul besoin d’être à l’aise avec l’informatique : si vous savez passer un appel vidéo à un proche, vous savez faire.

Le reste ne bouge pas. La confidentialité s’applique de la même façon, le cadre aussi (horaires, règles d’annulation), et les approches que j’utilise (TCC, Gestalt, thérapie par l’écriture, EMDR) se pratiquent toutes à distance, avec quelques ajustements.

La thérapie en ligne est-elle aussi efficace qu’en cabinet ?

Pour les difficultés les plus courantes, oui. C’est ce que montrent, de façon assez constante, les études qui comparent les deux formats.

En 2021, une équipe de chercheurs a rassemblé 47 études portant sur plus de 3 500 personnes. Celles suivies en visio progressaient autant que celles suivies en cabinet, avec des résultats particulièrement nets pour l’anxiété, la dépression et le stress post-traumatique (Fernandez et al., 2021). Une autre synthèse, publiée en 2023 dans le British Journal of Psychiatry, arrive à la même conclusion sur 32 études et onze troubles différents (PubMed).

Reste la question que tout le monde se pose : le lien. On sait que la qualité de la relation pèse lourd dans la réussite d’une thérapie. En 2018, une première synthèse trouvait la relation un peu moins solide en visio, sans que les résultats en souffrent (Norwood et al., 2018). Une méta-analyse plus récente ne trouve plus de différence, que la relation soit évaluée par les patients et patientes ou par les thérapeutes (J Telemed Telecare, 2023).

Deux nuances, pour être complet. La plupart de ces études portent sur la vidéo, pas sur le téléphone ni l’écrit, et beaucoup sur les TCC. Et pour les troubles du comportement alimentaire, les rares données disponibles penchent plutôt en faveur du présentiel.

Et l’EMDR en visio, ça marche ?

C’est une question qu’on me pose souvent, parce que l’EMDR repose sur des stimulations bilatérales : des mouvements des yeux, des sons ou des tapotements qui alternent à gauche et à droite. À distance, on les adapte. Vous suivez du regard un point qui se déplace à l’écran, ou vous vous tapotez vous-même les épaules en alternance.

La recherche sur l’EMDR en ligne est plus jeune que celle sur les TCC, et il vaut mieux le dire. Les premiers résultats sont encourageants. En Allemagne, des thérapeutes formés à l’EMDR ont jugé la version en visio applicable et efficace avec leurs patients et patientes (Frontiers in Psychology, 2021). En 2023, un essai mené auprès de 85 soignants et soignantes de première ligne a montré une nette baisse des symptômes post-traumatiques après une EMDR de groupe entièrement en visio (Farrell et al., 2023).

Travailler sur un traumatisme demande un cadre très sûr. Avant d’aborder les souvenirs difficiles, nous vérifions donc ensemble que la visio vous convient, et nous prenons le temps de construire des ressources pour vous stabiliser si une émotion devient trop forte.

La thérapie par l’écriture, elle, se prête très bien au travail à distance. Vous écrivez entre les séances, à votre rythme, et nous reprenons ensemble ce qui en émerge.

Ce que la thérapie en ligne rend possible

Choisir la bonne personne, et pas seulement la plus proche. Si vous cherchez une spécialiste du trauma ou de l’EMDR et qu’il n’y en a pas près de chez vous, la distance ne compte plus. C’est aussi une solution pour les francophones qui vivent à l’étranger.

Faire le premier pas plus facilement. Pousser la porte d’un cabinet coûte à beaucoup de gens. Depuis son canapé, la démarche paraît souvent moins intimidante, et c’est parfois ce qui fait la différence entre consulter et remettre à plus tard.

Garder le fil malgré les changements de vie. Un déménagement, un déplacement professionnel, l’arrivée d’un bébé : la thérapie peut continuer avec la même personne, sans tout recommencer.

Préserver son énergie. Pas de trajet, pas de bouchons, pas de salle d’attente. Quand l’énergie manque, que le moral est au plus bas ou que l’anxiété rend les transports pénibles, ce n’est pas un détail. C’est aussi plus simple en cas de mobilité réduite ou de maladie chronique.

S’appuyer sur un lieu familier. Parler depuis chez soi aide certaines personnes à se livrer plus vite. Et on a sous la main ce qui peut servir : un carnet, des écrits, une photo dont on veut parler.

Les limites, et quand le présentiel reste préférable

Une partie du non-verbal se perd. On voit un visage, rarement les mains ou la posture, et certains silences sont plus difficiles à lire à travers un écran. J’y prête donc une attention particulière, et il m’arrive de vous demander ce que vous ressentez plutôt que de le deviner.

La technique peut lâcher. Une connexion qui saute ou un son qui grésille, ça arrive. Nous convenons dès la première séance d’un plan B : si la vidéo coupe, je vous rappelle par téléphone.

Trouver un endroit à soi n’est pas toujours simple. En colocation, avec des enfants ou des murs fins, il peut être difficile de parler librement. Certaines personnes consultent depuis leur voiture garée, d’autres choisissent un créneau où la maison est vide. Nous cherchons ensemble ce qui marche pour vous.

Certaines situations demandent davantage. Une crise aiguë, des idées suicidaires envahissantes, un trouble du comportement alimentaire sévère ou un très jeune enfant appellent souvent un suivi en présentiel, ou coordonné avec d’autres soignants. Nous en parlons ouvertement dès le départ, et je vous oriente si c’est nécessaire.

Et parfois, on préfère le présentiel, tout simplement. Le trajet, la salle d’attente, la porte qu’on referme derrière soi font partie de la séance pour certaines personnes. C’est une raison tout à fait suffisante. Je ne consulte qu’en ligne, mais je peux vous orienter vers des collègues qui reçoivent en cabinet.

Ce que vous dites en ligne reste-t-il confidentiel ?

Oui. La confidentialité s’applique exactement comme au cabinet : ce qui se dit en séance reste entre nous.

Côté technique, les séances passent par une plateforme de visioconférence conçue pour le soin. Les données sont confiées à un hébergeur certifié pour les données de santé (on parle d’hébergement HDS), comme l’exige la loi française dès qu’un prestataire les conserve. C’est l’une des différences avec les applications grand public comme WhatsApp ou Skype, que je n’utilise pas pour les séances.

Les séances ne sont jamais enregistrées. Comme pour toute donnée personnelle, vous gardez vos droits prévus par le RGPD : savoir ce qui est conservé, le faire corriger ou supprimer.

De mon côté, je consulte seule, dans une pièce fermée, avec un casque. De votre côté, quelques précautions simples protègent votre intimité :

  • un casque ou des écouteurs, pour que personne n’entende ma voix ;
  • une pièce où personne ne viendra vous interrompre, porte fermée ;
  • votre propre appareil plutôt qu’un ordinateur partagé ;
  • votre Wi-Fi personnel plutôt qu’un réseau public, dans un café ou une gare ;
  • les notifications coupées, pour rester dans la séance.

Ados, enfants, couples : comment ça se passe ?

Avec les adolescents et adolescentes, l’écran est souvent un terrain familier, ce qui facilite les choses. La difficulté est plutôt de parler librement avec un parent dans la pièce d’à côté. Un casque, un créneau où la maison est calme, et c’est en général réglé.

Pour un suivi régulier, l’accord des parents (plus exactement, des titulaires de l’autorité parentale) est nécessaire, en plus de celui du ou de la jeune. Je rencontre donc les parents avant de commencer. Ensuite, ce que l’ado me confie reste entre nous, sauf en cas de danger.

Pour les plus jeunes enfants, la visio convient moins bien aux séances individuelles : à cet âge, on passe beaucoup par le jeu et le corps. Elle reste très utile pour les rendez-vous avec les parents.

En couple, vous pouvez vous connecter ensemble, côte à côte devant un écran assez grand pour que je vous voie tous les deux. Si vous vivez loin l’un de l’autre, chaque partenaire peut se connecter de chez soi.

Comment choisir sa ou son psy en ligne ?

En ligne, l’offre est vaste, et tout le monde n’a pas la même formation. Quelques repères aident à faire le tri.

Regardez le titre. En France, le titre de psychologue est protégé par la loi depuis 1985 : il suppose cinq ans d’études universitaires en psychologie. D’autres intitulés ne sont pas réglementés : c’est le cas de psychopraticien ou psychopracticienne, mon titre. Cela ne dit rien de la qualité de la personne, mais la formation peut alors varier du tout au tout. N’hésitez pas à demander où la personne s’est formée.

Posez vos questions avant de vous engager. Quelle approche ? Quelle expérience avec votre difficulté ? Quels tarifs, quelles conditions d’annulation, quelle plateforme ? Les psys sérieux et sérieuses y répondent volontiers et simplement.

Méfiez-vous de certains signaux. Une guérison promise en un nombre précis de séances, un flou sur les tarifs ou la confidentialité, des séances proposées sur une messagerie grand public : autant de raisons de passer votre chemin.

Fiez-vous aussi à votre ressenti. Après une ou deux séances, demandez-vous si la personne vous écoute vraiment et vous respecte. Si ce n’est pas le cas, changer de psy est tout à fait légitime, et un ou une bonne professionnelle ne le prendra pas mal.

Comment préparer sa première séance en ligne ?

Côté pratique, faites un essai de connexion la veille ou une heure avant : son, caméra, lien. Choisissez une pièce où vous serez tranquille, et posez l’appareil à hauteur des yeux plutôt que sur vos genoux. Gardez un verre d’eau à portée de main, et pourquoi pas un mouchoir : ça sert plus souvent qu’on ne le croit.

Côté intérieur, vous n’avez pas besoin d’arriver avec un récit tout prêt. Si ça vous rassure, notez quelques mots avant : ce qui vous amène maintenant, ce que vous aimeriez voir changer, ce qui vous fait hésiter dans la démarche.

Pendant cette première séance, nous faisons connaissance. Je vous pose des questions, je vous explique comment je travaille, et vous posez les vôtres. À la fin, nous décidons ensemble de la suite. Rien ne vous engage.

Si vous êtes nerveux ou nerveuse, c’est très courant. Vous pouvez le dire dès les premières minutes : c’est même une bonne façon de commencer.

Après la séance, prévoyez dix minutes avant de reprendre le travail ou de retrouver la maisonnée. Au cabinet, le trajet du retour sert de sas. Chez soi, il faut le créer : une marche, un thé, quelques lignes dans un carnet.

Questions fréquentes

Combien de temps dure une séance en ligne ?

50 minutes, comme une séance classique en cabinet. Le rythme (chaque semaine, tous les quinze jours) se décide ensemble selon vos besoins.

La thérapie en ligne est-elle remboursée ?

Non, pas par l’Assurance maladie. Le dispositif Mon soutien psy est réservé aux psychologues, et je suis psychopracticienne. Certaines mutuelles prennent en charge une partie des séances, selon les contrats : renseignez-vous auprès de la vôtre, et vérifiez notamment si elle couvre les séances en visio.

Que se passe-t-il si la connexion coupe ?

Pas de panique. Si vous êtes en France, je vous rappelle par téléphone dans la minute, comme convenu lors de la première séance. Si vous vivez à l’étranger, nous choisissons ensemble la solution de secours la plus simple. Dans les deux cas, le temps perdu n’est pas décompté.

Faut-il forcément allumer sa caméra ?

C’est préférable, surtout au début, parce que voir votre visage m’aide à mieux vous comprendre. Ponctuellement, une séance par téléphone reste possible si la vidéo pose problème.

La thérapie en ligne convient-elle à tout le monde ?

À beaucoup de personnes, mais pas à toutes les situations. Une crise aiguë ou certaines difficultés demandent une présence physique ou un suivi plus large. Nous en parlons dès le premier échange pour choisir ce qui vous convient le mieux.

Et maintenant ?

Ce qui fait avancer une thérapie, c’est la qualité du lien et du travail mené ensemble. L’écran n’y change pas grand-chose, et il permet à des personnes qui ne seraient jamais venues au cabinet de se faire accompagner.

Si vous hésitez encore, vous pouvez réserver une séance d’introduction gratuite de 20 minutes. Nous faisons connaissance, vous posez toutes vos questions, et vous décidez ensuite, sans engagement.

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